Religion au Royaume-Uni
quatre nations, quatre statuts différents
Église d’État, Église nationale, Église désétablie, absence de statut officiel : le Royaume-Uni n’a pas une religion, il en a quatre situations.
Le Royaume-Uni n’a pas une religion officielle unique : chaque nation a son propre statut. En Angleterre et au pays de Galles, les sans-religion (46,2 % au recensement 2021) dépassent désormais les chrétiens (37,2 %) ; en Écosse, c’est 51,1 % contre 38,8 % en 2022. Seule l’Angleterre a une Église d’État, avec le roi comme gouverneur suprême et 26 évêques au Parlement.
- Une seule Église d’État : l’Angleterre, avec le roi Supreme Governor et 26 évêques Lords Spiritual à la Chambre des Lords.
- Écosse à part : Église nationale reconnue en 1921, mais presbytérienne et autogouvernée, sans tutelle royale.
- Pays de Galles désétabli : plus d’Église officielle depuis 1920, et la chute la plus nette du christianisme (57,6 % à 43,6 % entre 2011 et 2021).
- Irlande du Nord clivée : catholiques (42,3 %) désormais plus nombreux que protestants (37,3 %) pour la première fois depuis 1921.
Un lecteur français qui tape « religion UK » s’attend souvent à une réponse simple : le Royaume-Uni, pays anglican. La réalité est plus intéressante, et plus utile à connaître, parce qu’elle est faite de quatre situations différentes selon la nation. Le Royaume-Uni n’a jamais organisé un recensement religieux unique : l’Angleterre et le pays de Galles sont comptés ensemble, l’Écosse à part, l’Irlande du Nord à part encore, à des dates différentes et avec des catégories qui ne se recoupent pas toujours. C’est déjà une première réponse à qui croit que le pays partage une seule situation religieuse.
Ce que dit le dernier recensement
la majorité chrétienne a disparu
En Angleterre et au pays de Galles, le recensement de 2021 a marqué une bascule symbolique : pour la première fois, les personnes se déclarant sans religion (46,2 %) ont dépassé celles qui se disent chrétiennes (37,2 %). L’islam reste la deuxième religion, avec 6,5 % de la population, soit environ 3,9 millions de personnes, contre 4,9 % en 2011. L’hindouisme, le sikhisme et le judaïsme se maintiennent chacun sous la barre des 2 %.
L’Écosse, recensée en 2022, va plus loin encore : 51,1 % de sans-religion contre 38,8 % de chrétiens, et une progression de l’islam de 1,45 % à 2,2 % en dix ans. Le pays de Galles, si on l’isole des chiffres anglais, montre la chute la plus nette : les chrétiens sont passés de 57,6 % en 2011 à 43,6 % en 2021, pendant que les sans-religion grimpaient à 46,5 %.
L’Irlande du Nord, elle, ne ressemble à aucune des trois autres nations. Là, la question n’est pas chrétien contre sans-religion, mais catholique contre protestant, et en 2021, les catholiques (42,3 %) ont dépassé les protestants et autres chrétiens (37,3 %) pour la première fois depuis la création de la province en 1921. La part de sans-religion y reste la plus faible du Royaume-Uni, à 17,4 %, contre seulement 3,7 % en 1991.
| Nation | Sans religion | Chrétiens |
|---|---|---|
| Angleterre et pays de Galles (2021) | 46,2 % | 37,2 % |
| Écosse (2022) | 51,1 % | 38,8 % |
| Pays de Galles seul (2021) | 46,5 % | 43,6 % |
| Irlande du Nord (2021) | 17,4 % | Catholiques 42,3 % + protestants 37,3 % |
Le reste de cet article suit cette même logique, nation par nation, en commençant par celle qui a le statut le plus ancien et le plus visible dans les institutions : l’Angleterre.
L’Angleterre a une Église d’État, les trois autres nations non
C’est le point que la plupart des articles généralistes confondent : parler d’« Église d’État britannique » n’a pas de sens, parce que seule l’Angleterre en a une. L’Église d’Angleterre (Church of England, souvent abrégée C of E) est une Église établie, ce qui veut dire que son existence et son organisation sont fixées par la loi, et qu’elle occupe une place officielle dans l’État, pas seulement une place culturelle.
Le roi, chef d’une Église qu’il ne dirige pas au quotidien
Le monarque britannique porte le titre de Supreme Governor de l’Église d’Angleterre, une fonction créée sous le règne d’Élisabeth Ire en 1558, après que Henri VIII avait rompu avec Rome et pris le titre plus direct de « chef suprême » via l’Act of Supremacy de 1534. Le glissement de vocabulaire n’est pas anodin : gouverneur suprême plutôt que chef suprême, pour marquer que le monarque n’exerce pas d’autorité doctrinale sur l’Église, contrairement à ce qu’on imagine souvent. La gestion théologique et pastorale reste entre les mains de l’archevêque de Canterbury et du synode général. Le roi nomme les évêques, sur recommandation du gouvernement, mais ne préside aucun office religieux en tant que chef spirituel.
Les évêques qui siègent au Parlement sans avoir été élus
Concrètement, l’establishment anglican se voit surtout dans un détail que peu de Français connaissent : 26 évêques de l’Église d’Angleterre siègent de droit à la Chambre des Lords, sous le nom de Lords Spiritual. Leur nombre est plafonné par la loi, et ils doivent quitter leur siège à 70 ans. Les archevêques de Canterbury et York, ainsi que les évêques de Londres, Durham et Winchester, y siègent d’office ; les 21 places restantes reviennent aux évêques les plus anciens dans leurs fonctions. Ces Lords Spiritual ouvrent chaque séance par une prière et interviennent sur des sujets de société, pas seulement religieux.
Aucune autre confession, aucune autre Église chrétienne, ne dispose d’un siège institutionnel comparable au Parlement britannique. C’est une exclusivité anglicane, propre à l’Angleterre.
Écosse
une Église nationale qui n’est pas une Église d’État
C’est la nuance la plus utile de cet article, parce qu’elle casse une confusion fréquente. L’Écosse a bien une Église nationale, la Church of Scotland, reconnue comme telle par une loi de 1921. Mais « Église nationale » et « Église établie » ne désignent pas la même chose.
La Church of Scotland est presbytérienne : elle n’a pas d’évêques, se gouverne elle-même par une assemblée générale annuelle, et ne dépend d’aucune tutelle royale ni gouvernementale. Le monarque n’y est ni chef ni gouverneur ; il y assiste comme simple membre lorsqu’il se trouve en Écosse, et un représentant symbolique le représente à l’assemblée générale sans autorité sur ses décisions. La conséquence est concrète : le Parlement écossais à Holyrood ne réserve aucun siège à une confession, contrairement à Westminster et ses 26 Lords Spiritual. Aucun évêque écossais ne siège où que ce soit à titre religieux.
Autrement dit, l’Écosse a évité les deux extrêmes : ni Église totalement séparée de l’État comme en France, ni Église intégrée à l’appareil d’État comme en Angleterre. C’est un troisième modèle, et c’est celui qui, aujourd’hui, s’adresse à une population où plus d’un habitant sur deux se dit sans religion.
Irlande du Nord
la religion qui reste une ligne de fracture politique
En Irlande du Nord, la question religieuse ne se pose pas en termes de statut d’Église, aucune confession n’y est établie, ni l’anglicanisme (Church of Ireland, désétablie dès 1871, avant même la partition), ni le catholicisme, ni le presbytérianisme majoritaire chez les protestants. Elle se pose en termes d’identité communautaire, parce que catholique et protestant y recoupent historiquement nationaliste et unioniste.
Le basculement de 2021 a une portée qui dépasse la statistique religieuse : pour la première fois depuis la création de la province en 1921, les catholiques (42,3 %) sont plus nombreux que les protestants et autres chrétiens (37,3 %). En 1921, les protestants étaient environ deux fois plus nombreux que les catholiques ; un siècle plus tard, le rapport s’est inversé. Cette évolution nourrit le débat sur un éventuel référendum de réunification avec la République d’Irlande, une possibilité prévue par l’accord du Vendredi saint de 1998 si les circonstances politiques le justifient, sans qu’aucune échéance ne soit fixée à ce jour.
Identité religieuse déclarée et opinion politique ne se recouvrent pas parfaitement. Une partie croissante de la population, notamment chez les plus jeunes, se dit sans religion (17,4 % contre 3,7 % en 1991) tout en gardant des positions politiques héritées de son origine communautaire. La religion reste un marqueur identitaire fort en Irlande du Nord, mais elle ne prédit plus automatiquement le vote.
Les religions minoritaires
où elles se concentrent vraiment
L’islam est la deuxième religion du Royaume-Uni, avec une progression de 1,6 point en dix ans (4,9 % en 2011, 6,5 % en 2021 en Angleterre et au pays de Galles), mais ce chiffre national masque une réalité très concentrée géographiquement. La population musulmane se regroupe surtout dans les grandes agglomérations industrielles et leurs banlieues, Londres en particulier dans certains arrondissements de l’est de la ville, ainsi que Birmingham, Bradford, Leicester et Manchester, où l’implantation remonte souvent aux vagues d’immigration liées au Commonwealth dans les années 1950 à 1970. Dans plusieurs quartiers de ces villes, la part de la population musulmane dépasse largement la moyenne nationale, quand des régions rurales du pays de Galles ou d’Écosse en comptent moins de 1 %.
L’hindouisme et le sikhisme suivent une logique de concentration comparable, avec une présence marquée à Leicester, l’une des villes où la diversité religieuse est la plus forte du pays, dans certains quartiers de Londres comme Harrow ou Southall, et dans les West Midlands. La communauté juive, plus ancienne dans son implantation britannique, reste concentrée à Londres, notamment au nord de la ville, et à Manchester.
Cette répartition inégale explique pourquoi certaines infrastructures (mosquées, temples, synagogues) sont bien plus présentes à Bradford ou Leicester que dans une petite ville rurale du pays de Galles : la concentration urbaine, pas la moyenne nationale, fait l’expérience réelle des habitants.
Ce que ce statut change dans la vie quotidienne
Le statut de l’Église d’Angleterre n’est pas qu’une curiosité constitutionnelle : il a des conséquences pratiques, encore aujourd’hui. Les faith schools, des écoles publiques à caractère confessionnel financées par l’État mais gérées avec une composante religieuse dans leur admission ou leur programme, existent toujours en nombre significatif en Angleterre, très majoritairement anglicanes ou catholiques, avec une présence plus modeste d’écoles juives, musulmanes ou sikhes. Elles restent un sujet de débat régulier sur les critères d’admission fondés sur la pratique religieuse des familles.
Le mariage célébré dans une église de l’Église d’Angleterre, ou dans les synagogues et certains temples quakers par une exception historique, a directement valeur légale à l’état civil, sans démarche supplémentaire, un régime plus souple que pour la plupart des autres cultes, qui doivent en général faire enregistrer leur lieu de culte pour célébrer des mariages ayant cette valeur, ou passer par une cérémonie civile séparée.
Enfin, la religion reste visible dans les grands moments d’État : le couronnement du roi en 2023 a conservé une liturgie anglicane centrale, avec l’onction et le serment de défendre la foi protestante établie par la loi, tout en intégrant, pour la première fois, des représentants d’autres confessions dans la cérémonie, signe que même l’establishment le plus ancien du pays s’adapte, lentement, à un Royaume-Uni où la majorité ne se reconnaît plus dans une seule Église.
Quatre nations, quatre statuts, une seule certitude commune : la majorité qui se dit chrétienne a disparu partout sauf en Irlande du Nord, et aucune loi ne peut plus décrire à elle seule ce que croit le Royaume-Uni.
Le Royaume-Uni est-il encore un pays chrétien ?
Statistiquement, non, en majorité. Le recensement 2021 pour l’Angleterre et le pays de Galles montre 46,2 % de sans-religion contre 37,2 % de chrétiens, une première historique. L’Écosse va plus loin encore avec 51,1 % de sans-religion en 2022. Seule l’Irlande du Nord reste majoritairement chrétienne, avec 42,3 % de catholiques et 37,3 % de protestants et autres chrétiens.
Pourquoi le roi est-il chef de l’Église d’Angleterre ?
Le titre remonte à la rupture de Henri VIII avec Rome en 1534. Élisabeth Ire a adouci le titre en « Supreme Governor » (gouverneur suprême) en 1558, une fonction surtout institutionnelle : le roi nomme les évêques sur recommandation du gouvernement, mais ne dirige pas la doctrine, confiée à l’archevêque de Canterbury et au synode général.
L’Écosse a-t-elle la même Église que l’Angleterre ?
Non. La Church of Scotland est reconnue comme Église nationale depuis 1921, mais elle est presbytérienne, sans évêques, et s’autogouverne sans lien de tutelle avec la Couronne. C’est un statut différent de l’Église d’Angleterre, qui est, elle, une Église d’État au sens strict.
Pourquoi y a-t-il des évêques au Parlement britannique ?
Vingt-six évêques de l’Église d’Angleterre siègent de droit à la Chambre des Lords sous le nom de Lords Spiritual, conséquence directe du statut d’Église établie. Leur nombre est plafonné par la loi et ils doivent quitter leur siège à 70 ans. Aucune autre confession ne dispose d’un tel siège institutionnel.
Y a-t-il plus de catholiques ou de protestants en Irlande du Nord aujourd’hui ?
Depuis le recensement de 2021, les catholiques (42,3 %) sont pour la première fois plus nombreux que les protestants et autres chrétiens (37,3 %), un renversement historique depuis la création de la province en 1921, où les protestants étaient environ deux fois plus nombreux que les catholiques.
Quelle est la deuxième religion du Royaume-Uni ?
L’islam, avec 6,5 % de la population en Angleterre et au pays de Galles en 2021, environ 3,9 millions de personnes, concentré surtout à Londres, Birmingham, Bradford, Leicester et Manchester. En Écosse, la part musulmane reste plus faible, à 2,2 % en 2022.