Spiritualité · Société

La religion en France

Un État laïque depuis 1905, une société sécularisée, un héritage chrétien très présent : ce que recouvre vraiment la religion en France.

Une vieille église de village en pierre, surmontée de son clocher, dans la campagne.
Réponse rapide

En France, l’État est laïque depuis la loi du 9 décembre 1905 : il ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte, tout en garantissant la liberté de croire ou non. Le paysage religieux, lui, a changé : selon l’enquête INSEE de 2019-2020 (18-59 ans, métropole), une majorité se déclare sans religion, le catholicisme reste la première religion citée et l’islam la deuxième.

  • Laïcité : neutralité de l’État, pas absence ou interdiction des religions.
  • Pas de statistiques officielles : le recensement n’interroge pas la religion ; les chiffres viennent d’enquêtes déclaratives.
  • Un paysage pluriel : majorité de « sans religion », catholicisme en tête, islam deuxième, puis d’autres confessions.
  • Un héritage omniprésent : calendrier, patrimoine et toponymie restent marqués par le christianisme.

Ce que veut dire « la religion en France »

un cadre laïque

La première chose à poser n’est pas un chiffre, mais un principe. L’article 1er de la Constitution énonce que la France est une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». La laïcité n’y est pas une opinion parmi d’autres : c’est une règle d’organisation de l’État. Elle repose sur quelques idées simples, mais souvent mal comprises. L’État est neutre : il ne privilégie aucune religion et n’en combat aucune. Il garantit la liberté de conscience, c’est-à-dire le droit de croire, de changer de croyance, ou de ne pas croire du tout. Et il sépare les institutions publiques des organisations religieuses.

Un malentendu revient régulièrement : la laïcité serait l’effacement des religions de l’espace public. Ce n’est pas ce que dit le droit. La laïcité encadre l’État et ses agents, qui doivent rester neutres ; elle n’impose pas cette neutralité aux citoyens dans leur vie privée, où la liberté de culte reste pleine et entière. Séparer n’est pas interdire.

Dernier point, et il a des conséquences pratiques importantes : l’État français ne tient pas de statistiques officielles sur l’appartenance religieuse. Le recensement ne pose aucune question sur la religion. Tout ce que l’on sait du paysage religieux provient donc d’enquêtes déclaratives, menées par des instituts ou des chercheurs, avec leurs marges d’incertitude. C’est une particularité française qu’il faut garder en tête avant de manier le moindre pourcentage.

Le paysage religieux aujourd’hui

ce que disent les enquêtes

Avec cette prudence en tête, que montrent les données disponibles ? L’enquête de référence la plus citée ces dernières années est celle de l’INSEE, conduite en 2019-2020 auprès des personnes de 18 à 59 ans résidant en France métropolitaine. Elle indique qu’une majorité de cette tranche d’âge se déclare sans religion, autour de la moitié des répondants. Le catholicisme y demeure la première religion déclarée, suivi par l’islam, deuxième religion du pays, puis par d’autres confessions chrétiennes, le judaïsme, le bouddhisme et diverses autres traditions.

Grandes appartenances déclaréesRepèrePrécaution de lecture
Sans religionMajoritaire chez les 18-59 ansPart croissante, surtout chez les jeunes générations
CatholicismePremière religion déclaréePlus présent chez les générations âgées
IslamDeuxième religion du paysOrdre de grandeur, variable selon les enquêtes
Autres (protestantismes, judaïsme, bouddhisme…)Minorités installées de longue dateCertaines branches évangéliques en croissance

Ces résultats appellent deux précautions. D’abord, ils portent sur une tranche d’âge précise — les 18-59 ans — et non sur l’ensemble de la population : les générations plus âgées se déclarent en proportion plus souvent catholiques. Ensuite, les chiffres varient d’une enquête à l’autre selon la méthode et la formulation des questions ; les travaux de l’INED, de l’IFOP ou d’instituts internationaux comme le Pew Research Center aboutissent à des ordres de grandeur proches, mais rarement identiques. Un pourcentage isolé, sorti de son contexte, ne veut pas dire grand-chose.

La tendance de fond, en revanche, est solide et convergente : la part des personnes se déclarant sans religion progresse, surtout dans les jeunes générations. Ce mouvement de sécularisation ne signifie pas que la croyance disparaît, mais que le rapport à la religion devient plus individuel, plus distancié, et moins lié à une pratique régulière.

Comment la France est devenue laïque

la loi de 1905

La laïcité française n’est pas tombée du ciel : elle est l’aboutissement d’un long conflit. Tout au long du XIXe siècle, la place de l’Église catholique dans l’État a opposé deux camps, l’un attaché à l’héritage religieux, l’autre soucieux d’émanciper la République de la tutelle cléricale. Les grandes lois scolaires des années 1880, qui rendent l’école publique gratuite, obligatoire et laïque, marquent une première étape décisive.

Le point d’orgue est la loi du 9 décembre 1905, dite de séparation des Églises et de l’État. Deux articles en résument l’esprit. Le premier garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes, dans les limites de l’ordre public. Le second pose une règle nette : la République « ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». L’État cesse ainsi de financer les religions et rompt le lien officiel qui l’unissait à l’Église catholique depuis le Concordat de 1801.

  1. 1801 — Le Concordat

    Napoléon organise les relations entre l’État et les cultes reconnus. L’État rémunère alors les ministres du culte : c’est ce lien que 1905 viendra rompre.

  2. Années 1880 — L’école laïque

    Les lois Ferry rendent l’enseignement public gratuit, obligatoire et laïque. La République pose les premières bases d’une séparation.

  3. 1905 — La séparation

    La loi du 9 décembre sépare les Églises et l’État. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne plus aucun culte, tout en garantissant le libre exercice.

  4. 1946 et 1958 — La constitutionnalisation

    La laïcité est inscrite dans la Constitution : la France y est définie comme une République laïque, principe désormais au sommet de la hiérarchie des normes.

Cette loi a une conséquence très concrète, visible dans chaque village. Les édifices religieux construits avant 1905 — la plupart des églises, des cathédrales — sont devenus la propriété de l’État ou des communes. C’est pourquoi les collectivités assurent aujourd’hui l’entretien de ces bâtiments : non pour soutenir un culte, mais parce qu’ils font partie du patrimoine public. Les lieux de culte construits après 1905, eux, relèvent des associations cultuelles et de leurs fidèles.

Les exceptions et les nuances du modèle français

Le modèle laïque français n’est pas uniforme sur tout le territoire, et c’est un point souvent ignoré. L’Alsace et la Moselle font figure d’exception notable : la loi de 1905 ne s’y applique pas. La raison est historique. En 1905, ces territoires étaient allemands, à la suite de leur annexion en 1871 ; ils n’ont donc pas connu la séparation. Lorsqu’ils sont redevenus français après 1918, le régime concordataire de 1801 y a été maintenu. Aujourd’hui encore, plusieurs cultes y sont officiellement reconnus et leurs ministres rémunérés par l’État, et un enseignement religieux figure dans le cadre scolaire public.

D’autres particularités existent dans certains territoires d’outre-mer, où l’application du droit des cultes a suivi des chemins distincts. Ces nuances rappellent que la laïcité « à la française » est moins un bloc figé qu’un équilibre construit dans le temps, propre à l’histoire du pays. Comparée à d’autres modèles — la stricte séparation américaine, ou au contraire les pays dotés d’une religion d’État —, elle occupe une position singulière, ni hostile aux religions ni confondue avec elles.

Une distinction utile

La laïcité encadre l’État et ses agents, qui doivent rester neutres dans l’exercice de leurs fonctions. Elle n’impose pas la neutralité aux citoyens dans leur vie privée ni dans la plupart des espaces publics : chacun reste libre de croire, de pratiquer ou de ne rien suivre. Confondre les deux est la source de bien des malentendus sur le sujet.

Un héritage très présent, même dans une société sécularisée

Même dans une France où le « sans religion » progresse, l’empreinte religieuse reste partout. Le calendrier en porte la trace la plus quotidienne : plusieurs jours fériés — Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint, Noël — sont d’origine chrétienne, et structurent encore le rythme de l’année. Le patrimoine en est une autre manifestation : des cathédrales aux modestes églises de village, en passant par la toponymie de milliers de communes dont le nom commence par « Saint » ou « Sainte ».

Cette présence culturelle coexiste avec une diversité religieuse contemporaine bien réelle. À côté du catholicisme, on trouve l’islam, deuxième religion du pays, des protestantismes dont certaines branches évangéliques sont en croissance, le judaïsme, présent de longue date, l’orthodoxie, le bouddhisme et d’autres traditions. La sécularisation des pratiques — la baisse de la fréquentation régulière des lieux de culte — n’efface donc ni la pluralité des croyances, ni le poids historique de la religion dans la culture commune.

Les débats récurrents autour de la religion et de la laïcité

La religion en France est aussi un sujet de débat permanent, et il vaut mieux en présenter les termes que les trancher. Plusieurs questions reviennent régulièrement dans le débat public : la place des signes religieux à l’école et dans la fonction publique, le financement et la construction des lieux de culte, ou encore l’enseignement du fait religieux. Ces discussions opposent des conceptions différentes de la laïcité, plus ou moins exigeantes quant à la visibilité du religieux dans l’espace public.

Au milieu de ces controverses, le cadre juridique, lui, reste stable. La liberté de culte est garantie ; l’État et ses agents sont tenus à la neutralité ; aucun culte n’est reconnu ni financé par principe.

Comprendre la religion en France, finalement, c’est d’abord comprendre ce cadre laïque qui l’organise : il ne dit pas ce qu’il faut croire, il fixe les règles qui permettent à des croyances très diverses de coexister.

La France est-elle un pays laïque ?

Oui. La laïcité est inscrite à l’article 1er de la Constitution et repose sur la loi du 9 décembre 1905. L’État est neutre, ne reconnaît ni ne finance aucun culte, et garantit en même temps la liberté de croire ou de ne pas croire. Laïcité ne signifie pas absence de religions, mais séparation entre l’État et les cultes.

Quelle est la religion la plus répandue en France ?

Le catholicisme reste la première religion déclarée, héritage d’une longue histoire chrétienne. Mais, selon les enquêtes récentes comme celle de l’INSEE en 2019-2020, les personnes se déclarant sans religion sont devenues majoritaires parmi les 18-59 ans. L’islam est la deuxième religion du pays. Ces données sont déclaratives et datées : elles donnent des ordres de grandeur, pas des certitudes au pour-cent près.

Pourquoi l’État entretient-il des églises s’il est laïque ?

Parce que les édifices religieux construits avant 1905 sont devenus propriété de l’État ou des communes au moment de la séparation. Les collectivités les entretiennent au titre du patrimoine, et non pour soutenir un culte. Les lieux de culte construits après 1905 relèvent, eux, des associations cultuelles.

La laïcité interdit-elle les religions ?

Non. Elle sépare l’État et les cultes et garantit la liberté religieuse. Chacun est libre de pratiquer la religion de son choix ou de n’en suivre aucune. Ce sont l’État et ses agents qui sont tenus à la neutralité, pas les citoyens dans leur vie privée.

Pourquoi l’Alsace-Moselle a-t-elle un statut religieux différent ?

Pour des raisons historiques. En 1905, l’Alsace et la Moselle étaient sous administration allemande et n’ont pas connu la loi de séparation. À leur retour à la France après 1918, le régime concordataire de 1801 y a été maintenu. Plusieurs cultes y sont donc reconnus et leurs ministres rémunérés par l’État, contrairement au reste du territoire.