Religion en Norvège
un pays luthérien et sécularisé
Panorama factuel et daté : Église de Norvège, fin de la religion d’État, islam, sécularisation et humanisme.
La Norvège est historiquement luthérienne mais l’une des sociétés les plus sécularisées d’Europe : une majorité de la population appartient encore à l’Église de Norvège, mais une faible minorité pratique réellement.
- Église de Norvège : luthérienne évangélique, environ 62 % de la population en 2024 (en recul).
- Plus de religion d’État : séparation engagée en 2012 puis 2017, sans être totale.
- Minorités : catholiques (~3,1 %) et musulmans (~3,4 %), en croissance via l’immigration.
- Sécularisation : pratique faible et humanisme organisé puissant (Human-Etisk Forbund).
La Norvège présente un cas qui résume bien la situation religieuse de l’Europe du Nord : un pays officiellement façonné par cinq siècles de luthéranisme, et pourtant l’un des plus sécularisés du continent. Une large part de la population reste rattachée à l’Église de Norvège, mais une faible minorité y pratique réellement. Comprendre la religion en Norvège, c’est donc tenir ensemble deux faits qui semblent se contredire : une appartenance nominale encore importante et une croyance active devenue minoritaire. Les chiffres qui suivent évoluent vite ; ils sont datés et donnés en ordres de grandeur, à partir des données de l’office statistique norvégien (SSB) et des sources officielles.
Un pays luthérien par tradition, sécularisé en pratique
Le premier réflexe utile est de distinguer deux questions que l’on confond souvent : à quelle religion les Norvégiens appartiennent-ils, et que pratiquent-ils vraiment ? La réponse à la première reste largement luthérienne, par héritage. La réponse à la seconde dessine un pays très sécularisé, où la fréquentation des lieux de culte est faible et où une partie croissante de la population ne se reconnaît dans aucune confession. Ce décalage entre l’étiquette et la pratique est le fil directeur de tout le sujet : il explique pourquoi la Norvège peut être présentée à la fois comme un pays chrétien et comme un pays sécularisé, selon l’angle retenu.
L’Église de Norvège
confession et poids démographique
L’institution centrale est l’Église de Norvège, en norvégien Den norske kirke, de confession luthérienne évangélique, c’est-à-dire protestante. Elle demeure de loin la première communauté religieuse du pays. Selon les données de l’office statistique norvégien, elle rassemblait environ 62 % de la population en 2024, après 63,7 % à la mi-2023. Ce niveau, encore élevé, s’inscrit dans un déclin de long terme : au milieu des années 1990, près de 86 % des habitants en étaient membres.
Une précaution s’impose sur ces comparaisons. À partir de 2021, la statistique ne comptabilise plus que les membres à proprement parler, alors qu’elle incluait auparavant les membres et les affiliés. Cette rupture de série invite à la prudence quand on rapproche des chiffres anciens et récents : une partie de la baisse apparente tient à un changement de méthode. On note d’ailleurs, sur les années récentes, une légère reprise des adhésions, sans que cela inverse la tendance de fond, qui reste au recul. L’essentiel à retenir est l’ordre de grandeur : une nette majorité de Norvégiens restent membres de l’Église, mais cette majorité s’effrite lentement et régulièrement.
La fin d’une religion d’État
Le statut de l’Église a changé en profondeur au cours de la dernière décennie, et deux dates méritent d’être distinguées. En 2012, une révision de la Constitution a supprimé la disposition qui faisait du luthéranisme évangélique la religion de l’État : l’Église cesse alors d’être, à proprement parler, une religion d’État. Puis, le 1er janvier 2017, une réforme juridique a parachevé le mouvement en faisant de l’Église de Norvège une entité distincte de l’État, dont le clergé n’est plus composé de fonctionnaires. Ce changement a été décrit comme le plus important depuis la Réforme.
Pour autant, la séparation reste incomplète, et c’est une nuance importante. La Constitution continue de mentionner le luthéranisme comme religion nationale, sous la forme d’une « Église populaire » (folkekirke), et l’État continue de financer l’Église. Ce financement public est d’ailleurs étendu, par souci d’équité, aux autres communautés religieuses et de conviction, au prorata de leurs membres. La Norvège n’a donc pas adopté une laïcité de stricte séparation à la française : elle a desserré le lien entre l’Église et l’État sans le rompre tout à fait.
Les autres religions et convictions
Autour de cette Église majoritaire gravite un ensemble de communautés plus restreintes, dont le poids relatif progresse. Les autres chrétiens forment le premier de ces groupes, et l’Église catholique en est la plus grande composante, avec environ 3,1 % de la population. Sa croissance des deux dernières décennies est largement liée à l’immigration, notamment polonaise, depuis l’élargissement de l’Union européenne en 2004 : un facteur démographique plus que théologique.
L’islam représente de son côté environ 3,4 % de la population en termes de membres enregistrés, sur les données les plus récentes. C’est une communauté très majoritairement issue de l’immigration, concentrée dans les villes, en particulier dans la région d’Oslo, et en croissance régulière. Le bouddhisme et l’hindouisme constituent des minorités plus modestes. Enfin, une part notable de la population, de l’ordre de 18 %, n’est rattachée à aucune communauté enregistrée : c’est le signe le plus direct de la sécularisation à l’œuvre.
| Confession ou conviction | Part approximative | Année de référence |
|---|---|---|
| Église de Norvège (luthérienne) | ~62 % | 2024 |
| Sans communauté enregistrée | ~18 % | 2024 |
| Islam (membres enregistrés) | ~3,4 % | 2024-2025 |
| Catholiques | ~3,1 % | récent |
| Humanistes (Human-Etisk Forbund) | ~2,3 % | 2024 |
| Bouddhisme, hindouisme, autres | minorités | récent |
Ces ordres de grandeur sont à lire comme des repères, et non comme des mesures exactes : ils additionnent des séries qui ne se recoupent pas parfaitement, comme l’explique l’avertissement plus bas.
Croire ou appartenir ? la pratique réelle
C’est sans doute le point le plus contre-intuitif pour qui découvre le sujet. Malgré une appartenance nominale élevée, la pratique religieuse régulière est faible. Selon les enquêtes disponibles, de l’ordre de 3 % de la population assiste à un office le dimanche, et environ 10 % se rendent à l’église au moins une fois par mois. La Norvège figure ainsi parmi les sociétés les plus sécularisées d’Europe occidentale.
Comment expliquer ce grand écart ? Pour beaucoup de Norvégiens, l’appartenance à l’Église relève de la tradition, de l’identité culturelle et des grands rites de passage — baptême, mariage, funérailles — bien plus que d’une foi pratiquée au quotidien. On reste membre par habitude, par attachement familial ou par commodité, sans pour autant fréquenter le culte. C’est ce qu’on désigne parfois comme un protestantisme culturel : une fidélité à un cadre hérité, détachée de la croyance active.
L’office statistique norvégien publie deux séries distinctes : les membres de l’Église de Norvège d’un côté, les membres des communautés religieuses et de conviction hors de cette Église de l’autre. Les parts de l’islam ou du catholicisme viennent de la seconde série et sous-estiment sans doute légèrement la réalité. Confondre les deux conduit à des additions trompeuses.
Aux origines
christianisation et Réforme
Pour saisir la place actuelle du luthéranisme, il faut remonter à deux moments clés. Le premier est la christianisation, amorcée autour de l’an mille, après des résistances. La figure la plus associée à l’enracinement du christianisme est celle d’Olaf II Haraldsson, devenu Saint Olaf, mort à la bataille de Stiklestad en 1030 ; sa canonisation en fait le saint patron du pays et un symbole de l’unification chrétienne du royaume. La christianisation est globalement achevée au cours des deux siècles suivants.
Le second moment est la Réforme. Au XVIe siècle, la Norvège se trouve sous la couronne danoise, et c’est le roi Christian III qui impose le luthéranisme, autour de 1536-1537. La Réforme y est donc venue d’en haut, par décision politique, plutôt que d’un mouvement populaire. De là naît une Église luthérienne d’État qui dominera la vie religieuse pendant près de cinq siècles, jusqu’aux réformes de 2012 et 2017 évoquées plus haut. Cette longue continuité éclaire la force de l’appartenance nominale d’aujourd’hui : le luthéranisme fait partie du décor national autant que de la sphère religieuse.
L’humanisme organisé, une singularité norvégienne
La Norvège présente enfin un trait peu commun : la vigueur de l’humanisme organisé. L’Association humaniste norvégienne, Human-Etisk Forbund, fondée en 1956, compte autour de 150 000 membres selon ses propres données, soit environ 2,3 % de la population. Rapportée à la taille du pays, c’est l’une des associations humanistes les plus importantes au monde — une précision à manier avec soin, car c’est par habitant, et non en chiffres absolus, qu’elle se distingue.
Son rôle social principal tient à l’organisation de cérémonies laïques, qui offrent des alternatives non religieuses aux rites de passage. La plus emblématique est la confirmation civile, lancée dès 1951 : en 2018, près de 19 % des jeunes Norvégiens de quinze ans y participaient. L’association propose également des baptêmes, des mariages et des funérailles laïques. Cette présence structurée d’une conviction non religieuse, aux côtés des cultes et reconnue par le financement public, illustre à sa manière la sécularisation du pays : en Norvège, l’absence de religion s’organise aussi en institution.
À retenir sur la religion en Norvège
En résumé, la religion en Norvège se lit à travers quelques traits stables. Le luthéranisme reste majoritaire par l’appartenance, autour de 62 % de la population en 2024, mais il décline lentement. L’Église n’est plus une religion d’État depuis 2012-2017, sans que la séparation soit totale. La pratique religieuse est faible, signe d’une société très sécularisée. Les minorités religieuses, catholique et musulmane notamment, progressent surtout sous l’effet de l’immigration. Et l’humanisme organisé occupe une place singulière. Pour d’autres panoramas de ce type, notre rubrique Spiritualité aborde les croyances et convictions à travers le monde ; la Norvège y apparaît comme un pays chrétien d’héritage, mais d’abord sécularisé dans les faits.
Quelle est la religion principale en Norvège ?
Le christianisme luthérien, par l’intermédiaire de l’Église de Norvège (Den norske kirke), de confession luthérienne évangélique. Elle rassemblait environ 62 % de la population en 2024, après 63,7 % à la mi-2023 selon l’office statistique norvégien. C’est la première communauté religieuse du pays, même si son poids recule lentement depuis les années 1990.
La Norvège a-t-elle encore une religion d’État ?
Non. Une révision constitutionnelle de 2012 a mis fin au statut de religion d’État du luthéranisme, et une réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2017 a séparé juridiquement l’Église de l’État. La séparation reste toutefois incomplète : la Constitution évoque encore une « Église populaire » et l’État continue de financer l’Église, ainsi que les autres cultes et convictions.
Quelle est la place de l’islam en Norvège ?
L’islam est l’une des principales religions minoritaires du pays, avec de l’ordre de 3,4 % de la population en membres enregistrés sur les données les plus récentes. La communauté musulmane est très majoritairement issue de l’immigration et concentrée dans les zones urbaines, surtout autour d’Oslo. Elle connaît une croissance régulière, comme d’autres communautés hors de l’Église de Norvège.
Les Norvégiens sont-ils croyants et pratiquants ?
L’appartenance nominale est forte, mais la pratique est faible : selon les enquêtes, environ 3 % assistent à un office hebdomadaire et près de 10 % au moins une fois par mois. Beaucoup restent membres de l’Église par tradition et pour les rites de passage plus que par foi active. La Norvège est l’une des sociétés les plus sécularisées d’Europe occidentale.
Qu’est-ce que l’humanisme norvégien (Human-Etisk Forbund) ?
C’est une association humaniste laïque, fondée en 1956, qui compte environ 150 000 membres, soit près de 2,3 % de la population. Elle propose des cérémonies non religieuses, dont la confirmation civile lancée en 1951, suivie en 2018 par près de 19 % des jeunes de quinze ans. Sa vigueur, rapportée à la taille du pays, est une particularité norvégienne.
La Norvège illustre un protestantisme culturel : on y appartient à l’Église sans toujours croire, et on s’en éloigne sans rompre tout à fait avec la tradition.