Religion en Ukraine
comprendre le paysage religieux du pays
Un panorama neutre et factuel des confessions, de l’orthodoxie aux minorités, et de leur histoire.
L’Ukraine est un pays majoritairement chrétien, à forte dominante orthodoxe, mais son paysage religieux est composite : gréco-catholiques, catholiques latins, protestants, minorités juive et musulmane, et une part sans religion. Les chiffres évoqués ici proviennent d’enquêtes d’opinion et doivent être lus comme des ordres de grandeur.
- Orthodoxie majoritaire : autour de sept Ukrainiens sur dix se déclarent orthodoxes, toutes obédiences confondues.
- Une spécificité : les gréco-catholiques suivent un rite byzantin mais sont en communion avec Rome, surtout à l’ouest.
- Un jalon récent : l’Église orthodoxe d’Ukraine a reçu un tomos d’autocéphalie au début de janvier 2019.
- Panorama neutre : article factuel, sans prise de position, dans le respect de toutes les confessions.
Évoquer la religion en Ukraine, c’est d’emblée se heurter à un paradoxe utile : le pays est massivement chrétien, à très forte dominante orthodoxe, et pourtant son paysage religieux est plus composite qu’une étiquette unique ne le laisse croire. Orthodoxes de plusieurs traditions, gréco-catholiques de rite byzantin, catholiques de rite latin, protestants, communautés juive et musulmane, sans oublier une part non négligeable de personnes sans affiliation : la carte est nuancée et, surtout, elle s’inscrit dans une histoire longue. Cet article propose un panorama neutre et factuel.
Un pays majoritairement chrétien et orthodoxe
La très grande majorité de la population se rattache au christianisme, et plus précisément au christianisme orthodoxe de tradition byzantine. Selon les enquêtes disponibles, autour de sept Ukrainiens sur dix se déclarent orthodoxes, toutes obédiences confondues. Il faut toutefois distinguer l’appartenance déclarée de la pratique effective : se dire orthodoxe relève souvent d’un héritage culturel et identitaire autant que d’une fréquentation régulière des offices.
Cette empreinte orthodoxe s’inscrit dans une série longue. On fait habituellement remonter la christianisation de la région au baptême de la Rus’ de Kiev, à la fin du Xe siècle, événement fondateur partagé par plusieurs peuples slaves orientaux. Les structures religieuses actuelles sont l’héritage de siècles de recompositions, de rattachements et de séparations, et non le produit d’une situation récente.
L’orthodoxie ne se réduit d’ailleurs pas à une appartenance déclarée. Elle imprègne le calendrier, les fêtes, certains rites de passage et un imaginaire culturel partagé bien au-delà du cercle des pratiquants réguliers. C’est l’une des raisons pour lesquelles les pourcentages d’appartenance restent élevés là même où la fréquentation des offices est plus modeste.
Les pourcentages cités proviennent d’enquêtes d’opinion, notamment celles du centre Razoumkov. Ils varient selon les années et les méthodes employées, et reflètent une appartenance déclarée plus qu’une pratique effective. Ils sont à lire comme des ordres de grandeur, non comme des données figées.
L’orthodoxie ukrainienne et son organisation récente
L’orthodoxie en Ukraine n’a pas toujours été organisée autour d’une institution unique. Plusieurs juridictions ont coexisté, fruit de l’histoire et des rattachements ecclésiastiques successifs. Exposer cette pluralité sans la simplifier est nécessaire pour saisir la situation contemporaine, qui en découle directement.
Un jalon documenté mérite d’être rappelé avec précision. En décembre 2018, un concile dit d’unification réunit plusieurs branches de l’orthodoxie ukrainienne pour fonder l’Église orthodoxe d’Ukraine. Au début du mois de janvier 2019, cette Église reçut un tomos d’autocéphalie — c’est-à-dire la reconnaissance d’un statut d’indépendance ecclésiale — des mains du patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier. L’autocéphalie, en droit canonique orthodoxe, désigne la capacité d’une Église à se gouverner elle-même et à élire ses propres responsables.
Parallèlement existe une Église orthodoxe ukrainienne dont le rattachement historique au patriarcat de Moscou a longtemps structuré l’identité, et dont la situation a connu des évolutions ces dernières années. Le présent panorama se borne à signaler son existence et son poids dans le paysage, sans entrer dans les controverses qui l’entourent et qui relèvent d’analyses spécialisées. Le lecteur soucieux d’approfondir gagnera à consulter des sources académiques et des travaux dédiés, mieux à même de rendre compte d’une réalité mouvante et discutée.
Les gréco-catholiques
une spécificité ukrainienne
L’un des traits les plus distinctifs du paysage religieux ukrainien est l’existence de l’Église grecque-catholique ukrainienne. Sa singularité tient à une double appartenance : elle suit un rite byzantin — sa liturgie, son calendrier, sa spiritualité sont de tradition orientale, proches de ceux des Églises orthodoxes — tout en étant en pleine communion avec Rome et en reconnaissant l’autorité du pape.
Cette double appartenance trouve son origine dans des rapprochements qui remontent à la fin du XVIe siècle, lorsqu’une partie des évêques orthodoxes de la région choisit la communion avec Rome tout en conservant son rite oriental. L’histoire ultérieure de cette Église fut mouvementée, marquée notamment par des périodes d’interdiction sous le régime soviétique, où elle dut se maintenir dans la clandestinité, avant de réémerger publiquement à la fin du XXe siècle. Son implantation est géographiquement marquée : elle est particulièrement forte dans l’ouest du pays, en particulier dans la région historique de Galicie, où elle joue un rôle culturel et identitaire important.
| Famille religieuse | Tradition / rattachement | Ordre de grandeur (selon enquêtes) |
|---|---|---|
| Orthodoxes | Christianisme oriental, plusieurs juridictions | Largement majoritaires (env. 7 sur 10) |
| Gréco-catholiques | Rite byzantin, en communion avec Rome | Minorité, forte dans l’ouest |
| Catholiques latins | Catholicisme de rite romain | Minorité plus modeste |
| Protestants / évangéliques | Baptistes, pentecôtistes, etc. | Minorité active et structurée |
| Judaïsme | Présence historique ancienne | Minorité |
| Islam | Notamment Tatars de Crimée | Minorité |
| Sans religion | Aucune affiliation déclarée | Part non négligeable |
Catholiques latins, protestants et autres confessions chrétiennes
À côté des gréco-catholiques, une minorité de catholiques de rite latin est présente sur le territoire. Son histoire est liée notamment à celle des communautés polonaises, l’ouest de l’Ukraine ayant longtemps appartenu à des ensembles politiques où le catholicisme latin était implanté. Numériquement plus modeste que le gréco-catholicisme, cette présence complète néanmoins le tableau catholique du pays.
L’Ukraine se distingue par une vie protestante plus dynamique que dans nombre de pays voisins. Baptistes, pentecôtistes et autres courants évangéliques y constituent une minorité significative à l’échelle régionale. Cette présence n’est pas récente : des courants issus de la Réforme ont essaimé dans la région de longue date, ont traversé la période soviétique souvent dans la discrétion, puis ont connu un regain de visibilité après 1991, à la faveur d’une plus grande liberté de culte. Leur structuration en communautés actives leur confère une visibilité supérieure à leur poids strictement statistique.
Les minorités religieuses
judaïsme, islam et autres
La présence juive en Ukraine est ancienne et historiquement considérable : l’Europe de l’Est a abrité, pendant des siècles, l’un des principaux foyers de la vie juive en Europe. Le XXe siècle l’a profondément réduite, du fait de la Shoah puis des vagues d’émigration. Une vie communautaire subsiste néanmoins dans plusieurs villes, héritière d’un passé culturel et religieux dense.
L’islam est représenté en Ukraine, notamment au sein de la communauté des Tatars de Crimée, peuple turcophone de tradition musulmane établi de longue date dans la péninsule. D’autres groupes musulmans, plus dispersés, complètent cette présence. Enfin, une part non négligeable de la population ne se reconnaît dans aucune confession, ou se déclare sans religion : cette catégorie fait pleinement partie du paysage et rappelle que l’appartenance religieuse n’y est pas universelle.
Une géographie religieuse contrastée
Le paysage religieux ukrainien ne se lit pas de la même manière selon les régions. À grands traits, l’ouest est davantage marqué par le gréco-catholicisme et par une pratique généralement plus soutenue ; le centre et l’est sont à dominante orthodoxe. Ces tendances correspondent à des héritages historiques distincts, liés aux ensembles politiques auxquels ces territoires ont successivement appartenu.
Il convient toutefois de manier ces lignes avec prudence. Ce sont des tendances, non des frontières étanches : les communautés se mêlent, les situations évoluent, et toute carte confessionnelle n’offre qu’un instantané d’une réalité mouvante. Pour d’autres repères sur le monde et son actualité, voir aussi notre rubrique Actualités.
Quelle est la religion principale en Ukraine ?
Le christianisme orthodoxe, de tradition byzantine, est largement majoritaire. Selon les enquêtes, une large majorité de la population s’en réclame, même si la pratique effective varie.
Quelle différence entre orthodoxes et gréco-catholiques en Ukraine ?
Les gréco-catholiques suivent un rite byzantin, proche de celui des orthodoxes par la liturgie et le calendrier, mais ils sont en communion avec Rome et reconnaissent l’autorité du pape. Les orthodoxes, eux, ne reconnaissent pas cette autorité et s’organisent en Églises autocéphales.
Qu’est-ce que l’autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Ukraine ?
L’autocéphalie désigne le statut d’une Église orthodoxe qui se gouverne elle-même. L’Église orthodoxe d’Ukraine a reçu un tomos d’autocéphalie du patriarcat de Constantinople au début de janvier 2019, après un concile d’unification tenu en décembre 2018.
Y a-t-il des musulmans en Ukraine ?
Oui, une minorité, en particulier les Tatars de Crimée, communauté turcophone de tradition musulmane installée de longue date dans la péninsule.
L’Ukraine est-elle un pays laïc ?
L’État ukrainien ne reconnaît pas de religion officielle et la liberté de culte y est inscrite dans la loi. La place importante de la religion dans la société et la culture coexiste donc avec un cadre juridique qui ne consacre aucune confession.
Plutôt qu’une réponse définitive, mieux vaut considérer la religion en Ukraine comme une mosaïque en mouvement, qu’éclairent les travaux d’historiens et de spécialistes — à aborder avec rigueur et respect.